Politique de la force, force de la politique
par Dominique Vidal
« Fait politique majeur du XXe siècle (1) » selon le président Nicolas Sarkozy, la création par les Nations unies, il y a soixante ans, d’un Etat juif — mais pas de l’Etat arabe qui devait, lui aussi, voir le jour en Palestine — a en tout cas provoqué, au Proche-Orient, un bouleversement dont la région et le monde vivent encore les conséquences.
Mais l’exception Israël résulte de l’exception Shoah. Le grand intellectuel palestinien Edward W. Said l’avait souligné : « Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël (2) ? »
De fait, le génocide nazi a donné au projet sioniste une légitimation tragique, laissé des centaines de milliers de survivants en quête d’un lieu où reconstruire leur vie et incité l’Occident à écouter sa mauvaise conscience à l’égard des Juifs plutôt que les aspirations des Palestiniens. Il ne saurait toutefois garantir, six décennies plus tard, l’insertion durable parmi ses voisins de l’Etat bâti sur son souvenir.
Zeev Jabotinsky clamait que seul un « mur d’acier » contraindrait les Palestiniens à se soumettre. « Tant que subsiste, dans leur esprit, la moindre étincelle d’espoir qu’ils pourront un jour se défaire de nous, nulle bonne parole, nulle promesse attirante ne les amènera à renoncer à cet espoir », écrivait-il en 1923 (3). Or le fondateur du sionisme révisionniste a inspiré les dirigeants israéliens successifs, qui misèrent avant tout sur la puissance militaire, garantie d’abord brièvement par l’URSS, puis par la France, et enfin par les Etats-Unis.
Depuis qu’il a vu le jour, Israël est allé de guerre en guerre : il a remporté les unes aisément (1956, 1967 et, au début du moins, 1982), les autres plus difficilement (les premières semaines de 1948 et surtout de 1973). Mais la guerre du Liban, en juillet-août 2006, a peut-être marqué un tournant. En trente-trois jours, l’une des plus puissantes machines militaires du monde n’a pas réussi à briser la résistance d’une guérilla de quelques milliers de combattants. Et la situation de Haïfa et de Nazareth, dans le nord du pays, sous les roquettes du Hezbollah se prolonge à plus petite échelle, dans le sud, avec Sderot et Ashkelon sous les Qassam du Djihad islamique.
A l’heure des missiles, le « mur d’acier » prend donc des allures de ligne Maginot. Autrement dit, les seuls rapports de forces militaires, bien que toujours largement favorables à Israël, ne garantissent plus sa sécurité. A la politique de la force, il est temps de substituer la force de la politique. Car seule la création d’un véritable Etat palestinien peut offrir à Israël une pleine légitimité, une normalisation complète avec tous ses voisins et, du coup, une garantie de survie à long terme.
Cette conviction, nombre d’Israéliens la partagent. Héritiers d’Ahad Haam, de Martin Buber, de Judah Magnes et des binationalistes, ils savent que le droit des Juifs en Palestine est inséparable de celui des Arabes. Vingt ans de « nouvelle histoire » leur ont appris que leur guerre d’indépendance fut aussi une guerre d’expulsion. Et trente ans de mouvement pacifiste les ont habitués à s’engager, tradition que les plus radicaux poursuivent courageusement.
Si cet « autre Israël » n’est pas majoritaire, il n’est plus marginal. Qui croit encore qu’il existe une solution de rechange à la paix avec les Palestiniens et le monde arabe ? Sauf à imaginer le pire, par exemple une aventure américaine contre l’Iran, à laquelle Israël prendrait part, entraînant ainsi des représailles, cette fois contre la ville de Tel-Aviv...
C’est la conclusion de l’historien Avi Shlaïm, au terme de son livre magistral, Le Mur de fer. Israël et le monde arabe (4). Après avoir pris acte de l’évolution des Palestiniens, il écrit : « Il n’est pas totalement exclu que les Israéliens tirent aussi un jour les leçons de leurs erreurs et élisent des dirigeants conscients que la coexistence de deux Etats constitue la seule vraie solution. Les nations, comme les individus, sont capables d’agir rationnellement — après avoir épuisé toutes les autres solutions. »
(1) Le Monde, 10 janvier 2008.
(2) Lire page 28.
(3) Dans Sionismes. Textes fondamentaux, réunis et présentés par Denis Charbit, Albin Michel, Paris, 1998.
(4) Buchet-Chastel, Paris, 2008.
Posté par Adriana Evangelizt
Alors une deuxième critique du livre de Charles Enderlin, celle-ci par Le Point... la 1ère se trouve ICI...
Une naissance « par le feu et par le sang »
par François Malye

Depuis 1920, les juifs se battent pour fonder leur Etat. Au lendemain de sa création, le 15 mai 1948, la première guerre israélo-arabe débute.
Un coup de poignard dans le flanc du Proche-Orient. Ce 14 mai 1948 à 16 heures, à la tribune d'une salle surchauffée du musée de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame l'indépendance d'Israël. On danse et on chante dans les rues de la ville, mais le premier Premier ministre du tout nouvel Etat sait que, dès le lendemain, les pays arabes voisins lanceront leurs armées à l'assaut pour l'écraser. Dans quelques heures, les Britanniques, qui administraient la Palestine depuis trois décennies, seront partis avec armes et bagages, laissant Israël livré à lui-même. Mais les juifs ne peuvent plus attendre. Cinquante ans déjà se sont écoulés entre le congrès de Bâle, en 1897, où Theodor Herzl a théorisé l' « Etat des juifs », et la résolution du 29 novembre 1947 de l'Onu préconisant le partage de la Palestine. Trente ans ont passé depuis la déclaration de James Balfour, secrétaire au Foreign Office, le 2 novembre 1917, se déclarant favorable à « la création d'un foyer national pour le peuple juif ».
En réalité, depuis 1920, ils n'ont pas cessé de se battre pour voir ce rêve se concrétiser : contre les Arabes, puis contre les Anglais, puissance mandataire impitoyable, enfin depuis le vote de l'Onu, à nouveau contre les Arabes palestiniens, dans une terrible guerre civile. David Ben Gourion, qui négocie depuis 1942 l'achat de matériel à l'étranger afin d'équiper l'armée juive, sait qu'Israël ne prendra sa place dans ce Proche-Orient tumultueux que « par le feu et par le sang ». C'est le titre du dernier et passionnant ouvrage de Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem (1), qui retrace la genèse de l'Etat hébreu et ces premières années de combats clandestins. Fourmillant d'anecdotes et de révélations, il rappelle ce que fut la longue marche, souvent semée d'atrocités, des juifs pour conquérir leur patrie.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la défaite de l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne, la Palestine passe sous mandat britannique. 560 000 musulmans et 55 000 juifs y cohabitent alors. Le rejet de la déclaration Balfour par le Congrès arabe national palestinien enclenche le premier cycle des violences entre juifs et Arabes palestiniens. Rapidement, les Britanniques freinent l'afflux de réfugiés juifs, estimant que « la Palestine n'a pas la capacité d'absorber un nombre important d'immigrants » et que « les Arabes ont été graduellement dépouillés de leurs terres par les achats du Fonds national juif » . L'Agence juive a vu le jour en 1929 et, à l'aide de fonds internationaux, elle facilite l'acquisition de terres et le départ des juifs d'Europe, de plus en plus frappés par l'antisémitisme. La position intransigeante des Britanniques s'explique par leur volonté de ne pas s'attirer l'hostilité des pays arabes et par d'évidents motifs économiques comme l'approvisionnement en pétrole. En 1939, après quatre années de révolte arabe, le livre blanc des autorités britanniques limite à 75 000 le nombre des nouveaux arrivants.
Du côté de l'Agence juive, les scissions se font rapidement jour. Opposé à l'attitude conciliante de la Haganah, son bras armé, qui se cantonne à l'autodéfense, deux groupes radicaux se constituent, l'Irgoun, puis le groupe Stern, du nom de son fondateur, Avraham Stern. Il deviendra, après l'assassinat de Stern par les Britanniques, le Lehi. Les deux chefs les plus emblématiques de ces groupes terroristes qui multiplieront les actions contre les Arabes puis les Britanniques se nomment Menahem Begin et Yitzhak Shamir. Tous deux, quelques décennies plus tard, seront Premiers ministres d'Israël, Menahem Begin obtenant même le prix Nobel de la paix avec Anouar el-Sadate en 1978, à la suite des accords de Camp David, qui consacrent la paix définitive entre l'Egypte et Israël.
« Nous aiderons les Britanniques dans la guerre comme s'il n'y avait pas de livre blanc et nous lutterons contre le livre blanc comme s'il n'y avait pas la guerre », déclare Ben Gourion dès le début du second conflit mondial. La communauté juive se range aux côtés des démocraties en guerre contre le fascisme, proposant même de créer une brigade juive au sein des forces alliées, offre qui ne sera acceptée qu'en 1944. Mais des milliers de juifs s'engagent ou se battent avec les armées alliées. C'est dans une action commando lancée le 7 juin 1941 par les Anglais contre les troupes françaises de Vichy au Liban que le jeune Moshe Dayan perd son oeil. A Bir Hakeim, en juin 1942, le général Koenig rend hommage aux survivants de la compagnie juive du major Félix Liebmann. Il plante sur sa Jeep leur drapeau blanc frappé de l'étoile de David et ordonne à ses troupes de lui rendre les honneurs. Tous ces combattants seront le fer de lance de l'armée qui, en 1948, va livrer la première guerre israélo-arabe.
Les organisations juives les plus radicales ont d'autres projets : devant les premiers succès de l'Allemagne, Avraham Stern envisage d'y créer un Etat juif fasciste. Comme le révèle Charles Enderlin, il va jusqu'à prendre des contacts avec l'Italie de Mussolini et même des envoyés du Reich ! L'affaire ne dure que le temps d'une rencontre car, déjà, les Alliés volent de victoire en victoire. Mais, même durant ces années où l'on extermine les juifs d'Europe, les Britanniques restent inflexibles, arraisonnant de nombreux bateaux chargés de réfugiés qu'ils parquent dans des camps à leur arrivée en Palestine, quand ils ne les déportent pas vers l'île Maurice. Pas question pour eux de créer un Etat juif susceptible de faire sauter la poudrière du Proche-Orient. En 1942, le secrétaire d'Etat aux Colonies propose ainsi à Ben Gourion de créer le futur Etat juif en... Prusse-Orientale. Ernest Bevin, secrétaire aux Affaires étrangères britannique, déclare en 1945 que « les juifs seraient bien employés à la reconstruction de la Pologne et de l'Allemagne ». Quant au représentant britannique à la commission des Nations unies, il suggère à l'Union soviétique en 1946 d'accueillir les réfugiés dans sa République autonome juive, le Birobidjan. A la fin de la guerre, les portes de la Palestine restent obstinément fermées aux survivants de la Shoah.
C'est l'Amérique de Truman qui va changer la donne. Earl Harrison, son envoyé dans les camps où sont réfugiés ceux qui ont survécu à l'Holocauste, fait ce constat : « Nous donnons l'impression de traiter les juifs de la même manière que les nazis, l'extermination en moins. » En Palestine, les actions terroristes contre l'occupant britannique se multiplient. Le 22 juillet 1946, l'Irgoun fait sauter l'hôtel King David où sont abrités les bureaux de l'administration britannique, faisant 91 morts. Dès lors, c'est une guerre sans pitié que se livrent juifs et Britanniques, ceux-ci persistant à arraisonner les bateaux d'immigrants qui déferlent sur les côtes de Palestine. Mais c'est avec l'affaire de l'« Exodus », parti en juillet 1947 de Sète avec la bénédiction d'autorités françaises prosionistes, et qui transporte 4 554 anciens déportés, hommes, femmes et enfants, que les Britanniques vont perdre la partie.
Une fois le bateau arraisonné, ses occupants sont débarqués à coups de matraque et à l'aide de lances à incendie, puis enfermés dans des bateaux-prisons. Enfin, ils sont ramenés vers Port-de-Bouc, où les réfugiés refusent l'asile de la France. Leurs navires prennent alors la route de Hambourg, où ils sont internés dans un camp que gardent des policiers allemands aux côtés de militaires britanniques. L'image fait le tour du monde et, trois mois plus tard, à l'Onu, 33 pays se prononcent pour la résolution 181, qui entérine le partage de la Palestine.
C'est aussitôt l'explosion. Durant les six mois qui vont suivre, la guerre civile entre juifs et Arabes embrase la Palestine. Parmi les dizaines de villages attaqués de part et d'autre, un nom demeure, celui de Deir Yassin, attaqué le 9 avril 1948 par les troupes de l'Irgoun et de Stern. Devant la résistance des Arabes, les Israéliens plastiquent les maisons, tuant femmes et enfants. 25 combattants sont exécutés dans une carrière. Une centaine de morts au total, dont s'empare la propagande arabe. Le massacre provoque la panique des Palestiniens et le début de leur drame, la Nakba (la Catastrophe). 700 000 d'entre eux fuient ou sont chassés de la région : leur longue errance vient de commencer.
Armées arabes humiliées. Quelques heures après avoir prononcé son discours de Tel-Aviv, Ben Gourion fait le compte des forces armées israéliennes : 30 000 hommes, principalement équipés d'armes venant de Tchécoslovaquie, mais dont les effectifs vont tripler au fil des mois, renforcés par le flot des réfugiés, des détenus des camps chypriotes et les 4 000 volontaires étrangers du Machal venus du monde entier. Face à eux, les armées de cinq pays, l'Egypte, la Syrie, la Transjordanie, l'Irak et le Liban. Mal coordonnées, la plupart des armées arabes-hormis les Jordaniens-n'ont pas une grande expérience du combat. La guerre va durer huit mois, entrecoupée de courtes trêves. Le monde entier ne donne guère de chances à l'armée israélienne et, pourtant, elle va repousser les assaillants, ouvrir une route vers Jérusalem, étriller les troupes de l'armée d'opérette du roi Farouk et pénétrer dans le Sinaï. Entre-temps, Ben Gourion a mis fin à la dissidence de l'Irgoun et du Lehi en les sommant, après leurs dernières actions terroristes, d'intégrer sans conditions Tsahal, la nouvelle armée d'Israël : le 22 juin, il n'hésite pas à faire tirer, au large de Kfar Vitkin, sur l'« Altalena », un cargo chargé d'armes parti de France et que l'Irgoun s'apprête à réceptionner.
Pour les armées arabes, c'est l'humiliation. Encerclé avec ses hommes dans la poche de Falouja, un jeune officier, Gamal Abdel Nasser, rumine la défai
Article de Régis Debray sur le livre de Charles Enderlin "Par le feu et par le sang"...
Israël : quand les terroristes étaient juifs...
Dans son dernier livre, Charles Enderlin tire de l'ombre les combattants clandestins de l'Irgoun, du groupe Stern et de la Haganah qui ont forgé, «Par le feu et par le sang», le destin d'Israël
Une mine de renseignements déconcertants pour les candides comme vous et moi; et, au second degré, une source d'enseignement pour nos cours d'éducation morale et civique chapitre «fin et moyens»: jusqu'où est-il permis d'aller pour faire triompher une juste cause? Le récit enlevé et dru de Charles Enderlin, qui traverse les années noires de la préhistoire d'Israël, son combat clandestin pour l'indépendance, depuis la révolte arabe de 1936 jusqu'à 1948, comblera l'amateur d'insolite autant que les chercheurs de vérités. «On n'offre pas d'Etat à un peuple sur un plateau d'argent», disait Chaïm Weizmann, le premier président de l'Etat d'Israël. Malraux voyait dans cette phrase «une plainte amère». Ce n'est qu'un sobre constat, d'application universelle, et toujours contemporain, voir le Kosovo et la Palestine. Les hommes de bronze qui forgent un pays par le feu et par le sang, le leur et celui des autres, figurent rarement, après les fanfares du triomphe, sur le livre d'or des annales officielles. Ces ouvriers de la première heure, plus proches du Sartre des «Mains sales» que du Camus de «l'Homme révolté», Charles Enderlin s'est retroussé les manches pour les tirer du clair-obscur en interrogeant les derniers témoins, en exhumant les dossiers, en raboutant les pièces d'un sidérant puzzle.
Journaliste conséquent et bien documenté, ce familier des coulisses à qui on doit la meilleure histoire aujourd'hui disponible des récentes négociations de paix au Proche-Orient ne se distingue de l'historien que par la facture: il raconte l'histoire passée au présent, donnant ainsi au lecteur l'effroi des romans réalistes. Noir et policier en l'occurrence, puisqu'il s'agit de la lutte clandestine menée par ceux que les occupants britanniques appelaient au début des «gangsters», d'un genre très particulier, il est vrai: intellectuels pour la plupart, portés par une foi messianique, et prêts à se suicider pour la Cause. L'enquête sur les organisations paramilitaires sionistes qu'étaient avant l'indépendance l'Irgoun, le groupe Stern et les débuts de la Haganah, l'ancêtre de Tsahal, révèle quelques lourds secrets de famille, mais n'a rien d'une démystification scandaleuse tant l'auteur montre d'empathie pour cette piétaille du sacrifice. C'est l'histoire vraie de son peuple, et il l'assume.
Menahem Begin, juif polonais rescapé du goulag; Moshe Dayan en jeune volontaire à qui une balle pétainiste arrache un œil sur le front syrien, en 1942; le Paris d'après-guerre où gaullistes et socialistes, la DST aidant, offrent une base arrière à la Haganah et au Mossad; l'odyssée pathétique de l'«Exodus»: voilà, entre cent autres, des rappels illustres. N'oublions pas non plus l'assassinat en pleine rue de Bernadotte, le médiateur de l'ONU, et le terrible attentat de l'hôtel King David. Oui, une chanson de geste se fait aussi à coups de hold-up, de colis piégés, d'exécutions sommaires, de tueries d'innocents, de grenades dans des boutiques et sur des bus de civils (et pas seulement sur les postes de police). Il y a eu un terrorisme juif, assumé par maints «révisionnistes», résolument pratiqué par l'Irgoun et le Betar, créé en 1935 par Jabotinsky, leader de la droite nationaliste et chantre de «la nation absolue, fondée sur l'unicité de la race». Ce dernier demanda à ses hommes, après un massacre à l'aveugle, d'épargner autant que possible les femmes et les enfants arabes. «Le baratin contre le terrorisme» fut méthodiquement réfuté par un article, signé de Shamir et d'autres, en juillet 1943. Un texte très argumenté qui expédierait aujourd'hui ses auteurs du côté de l'axe du Mal.
Cette plongée en eaux profondes, nuisible au confort intellectuel des prisonniers du noir et blanc, nous rappelle utilement quelques vérités immémoriales et dérangeantes. Changez les noms. Mettez ici à la place d'Itzhak Shamir et de Menahem Begin, anciens terroristes promus chefs de gouvernement, quelques noms de Palestiniens emprisonnés ou pourchassés, et vous ne perdrez pas tout espoir de voir un jour la paix.
Qu'on se rassure. Le romantisme révolutionnaire n'a pas eu, en Israël, le dernier mot. Car le singulier, le plus admirable de cette histoire un peu partout répétée, c'est la façon dont Ben Gourion et les responsables syndicaux et politiques ont in fine fait rentrer dans le rang tous ces groupes d'activistes, en ramenant, manu militari - en faisant couler au large des côtes un navire rebelle de l'Irgoun, l'«Altalena» -, leurs fanatiques à la raison - d'Etat. Celle-ci exige le monopole de la violence légitime.
Ce retour au classicisme, heureux pour l'avenir démocratique du peuple hébreu, eut son prix: un voile pudique parfois injustement jeté sur la mémoire tragique des immolés de l'ombre. Maintenant, et en français du moins, grâce à Charles Enderlin, justice leur est rendue.
«Par le feu et par le sang. Le combat clandestin pour l'indépendance d'Israël, 1936-1948», par Charles Enderlin, Albin Michel, 364 p., 20,90 euros.
Barak cherche une solution juridique pour déplacer les civils à Gaza
Par Barak Ravid
Source : http://www.haaretz.com/
Les experts juridiques du gouvernement disent qu'il est difficile de décider si Israël peut évacuer les civils palestiniens des zones du nord de la bande de Gaza d’où sont tirées les roquettes sur Israël. Ils disent que le droit international est fondé sur des précédents, mais dans le cas d’Israël, la question est, à bien des égards, sans précédent.
Le ministre de la Défense, Ehoud Barak, avait demandé un avis juridique au procureur général Menachem Mazuz et à l'avocat général de l’armée concernant la possibilité de déplacer les civils palestiniens vivant dans les secteurs d’où sont tirées les roquettes.
L'idée serait de donner aux Forces de Défense Israélienne une plus grande marge de manœuvre pour viser les lanceurs de roquettes sans mettre en danger les civils.
Etaient présents à cette réunion le ministre de la Justice Daniel Friedmann, le vice-ministre de la Défense Matan Vilnaï, le sous-procureur général Shai Nitzan, le Général Avichai Mandelblit - dans son rôle d'avocat général de l’armée - et des experts juridiques de l'armée et du ministère des Affaires étrangères.
Au cours de la séance, Barak a présenté une série d'opérations que l'armée israélienne pourrait entreprendre dans la bande de Gaza et pour lesquelles il demandait un avis juridique.
Barak a présenté toutes les options, y compris l’arrêt total des livraisons de carburant à Gaza, les bombardements visant seulement les sources de tirs de roquettes, le nettoyage des zones dans la bande de Gaza d’où sont tirées les roquettes Qassam, l'évacuation des civils de ces zones, les bombardements et les tirs sur les zones après avoir informé les civils de quitter le secteur.
«Nous avons une responsabilité envers les habitants de Sderot, et nous ne pouvons pas permettre que cela [se poursuivre], sans donner de réponse", a déclaré Barak lors de la réunion. "Nous devons trouver des moyens pour répondre aux tirs sur Israël. Je comprends les limites juridiques, mais nous devons trouver des moyens pour qu'il soit possible d'agir."
Le sous-procureur général, Shai Nitzan, a présenté des grands principes sur les bases desquelles les actions d'Israël seraient mesurées en proportion et en précision.
Il a déclaré qu'il était impossible d'entreprendre une opération avant laquelle Israël préviendrait la population de Gaza que chaque région d'où sont tirées les roquettes seraient frappées par l'artillerie.
"Ce n'est pas proportionnel», a déclaré Nitzan. «Il est possible de tirer sur les sources des tirs, mais des zones spécifiques doivent être définies et des efforts doivent être faits pour établir une distinction entre les combattants et les civils."
Le vice-ministre de la Défense Matan Vilnaï a suggéré de déclarer des secteurs dans la bande de Gaza comme «zones de combat», et a demandé s'il était possible d'avertir les labitants de ces secteurs qu’ils étaient en danger et de recommander leur départ.
Vilnai a également déclaré cela pourrait se faire par des tracts ou des annonces dans les médias.
Les experts juridiques ont été priés de préparer un avis sur une "évacuation progressive de la population" dans la bande de Gaza dans les zones de combats.
Traduction : MG pour ISM
Sources ISM
Posté par Adriana Evangelizt
La Nakba, c'est maintenant
Par Serene Assir
Jamila Moussa avait 19 ans quand elle et son mari ont fui Kfur Yassine, son village dans Akka, au nord de Palestine. Ils venaient d'avoir leur premier enfant, Nicolas, qui a maintenant ses propres enfants.
Craignant pour sa sécurité, ils ont fui, en espérant qu'ils seraient de retour quelques semaines plus tard. Depuis ce jour, Moussa a connu plusieurs guerres -- mais aucun d'entre elles en Palestine.
Lors d'une interview avec Al-Ahram Weekly réalisée chez elle ce printemps dans le camp de réfugiés de Dbayye, au Liban, elle s'est souvenue que la force de leur expulsion avait été d'"une violence comme je n'ai jamais connu depuis, ou été témoin auparavant. Les Britanniques avaient l'habitude de brûler les maisons, oui, mais les Juifs, ils rasaient nos maisons, ainsi elles n'existaient plus."
Bien que Moussa aura bientôt 80 ans, elle raconte son histoire d'une façon remarquablement détaillée, ressentant peut-être la forclusion du temps.
Elle a transmis d'innombrables fois ses souvenirs à ses enfants et petits-enfants, et à tous ceux qui sont nés réfugiés, pour leur rappeler qui ils sont. Maintenant, à la veille du 60e anniversaire de la Nakba, (la catastrophe) de la création de l'Etat d'Israël en 1948, son récit prend une nouvelle importance.
Sur les 6,5 millions de réfugiés palestiniens dispersés dans le monde aujourd'hui, il y en a très peu qui ont des véritables souvenirs de leur maison.
Souvent, le débat sur la Nakba porte sur l'épuration ethnique des Palestiniens – les plus de 60 massacres, le dépeuplement de plus de 420 villages et la dépossession d'au moins 700000 Palestiniens qui ont culminé en 1948 – comme une chose du passé commémorée chaque année le 15 mai tandis que la pression pour oublier, ou même aller de l'avant est toujours croissante.
Pourtant, alors que nous nous approchons de la 60e année après la création d'Israël, littéralement sur la Palestine, il est important de noter que plusieurs écrivains au cours des dernières années ont souligné la continuité de la Nakba.
En effet, les crimes qui ont culminé en 1948 (mais qui n'ont pas du tout commencé à ce moment-là, comme le prouve l'auteur palestinien Salman Abou Sitta) n'ont pas cessé. Le massacre de Jénine en date du 11 avril 2002 n'est pas, en termes politiques, historiques ou juridiques, distinct du massacre de Deir Yassin le 9 avril 1948.
Non seulement les deux massacres impliquent la perpétration de crimes de masse, y compris l'assassinat d'enfants, mais ils sont aussi des manifestations du refus historique d'Israël du droit à l'autodétermination des Palestiniens -- un droit qui, dans le droit international a un caractère impérieux.
En dépit de l'effusion de sang, du vol des terres et de l'agonie de la dépossession, la justice -- et crucialement le temps – sont irrévocablement toujours du côté de la Palestine.
"Dans tout examen approfondi des crimes internationaux, nous avons besoin de rechercher l'intention qui est à la base du crime", a déclaré l'avocat des droits de l'homme, Amr El Bayoumi, basé au Royaume-Uni à Weekly.
Comme le prouvent des dizaines de déclarations émanant de dirigeants israéliens et sionistes, depuis la création d'Israël jusqu'à nos jours, l'esprit de la politique de l'État israélien n'est rien de moins que la destruction des Palestiniens.
En 1937, David Ben Gourion - le "père fondateur" et le premier Premier ministre d'Israel - a prononcé une phrase à l'évidence criminelle, "nous devons expulser les Arabes et prendre leur place et si nous devons employer la force [alors] nous avons la force à notre disposition. "
Plus brutalement, le Premier Ministre israélien Golda Meir a nié en 1969 l'existence des Palestiniens, en disant : "il n'existe rien de tel qu'un peuple palestinien."
Plus récemment, en 1989, l'ancien premier ministre Benyamin Nétanyahou a commenté, "Israël aurait dû exploiter la répression des manifestations en Chine, quand l'attention du monde entier était portée sur ce pays, pour procéder à des expulsions massives des Arabes des territoires."
Et en 2001, l'ancien ministre du tourisme et partisan de la politique israélienne d'assassinats extrajudiciaires, Rehavam Zeevi, a déclaré que "Tout homme éliminé est un terroriste de moins que nous aurons à combattre."
Ce type de déclarations politiques sont en corrélation directe avec les crimes d'Israël contre les Palestiniens au cours des 60 dernières années, menant au siège actuel –qui constitue une punition collective et est illégal au regard du droit international -- contre Gaza.
En vertu du droit international, une telle destruction délibérée constitue un acte de génocide.
Selon la Convention sur la Prévention et l'Interdiction du crime de génocide, adoptée en 1948, le génocide est défini comme la perpétration d'un ou de plusieurs actes "ayant l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux", et suppose, entre autres actes, le meurtre de membres d'un groupe déterminé et aussi la soumission intentionnelle du groupe "à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle".
Fait important, si l'intention est essentielle à la compréhension des crimes de transfert et de nettoyage ethnique d'Israël contre les Palestiniens, il serait historiquement et juridiquement erroné de voir ces crimes en dehors du même cadre que les crimes d'aujourd'hui d'assassinats extrajudiciaires, de punition collective et de privation des droits fondamentaux de l'homme , y compris le droit à la vie, à l'éducation, à l'eau et au travail, et non le moins, le droit inaliénable de revenir dans son pays.
À ce titre, il a été prouvé par des experts juridiques, y compris par Monique Chemillier-Gendreau, que les crimes d'Israël pendant la Nakba sont la persistance des violations; mais pas les violations commises pendant et appartenant au passé. Que l'exécution de la politique de l'État israélien ait été progressive ne l'exonère en aucun cas de sa responsabilité, car il n'existe pas de limites prévues à la réparation des crimes de masse.
En droit international public, "un crime reste un crime tant qu'il n'a pas eu réparation," a déclaré le coordinateur de la Coalition Internationale Habitat et avocat des droits de l'homme, Joseph Shechla, à Weekly.
Les réparations pour les crimes internationaux – comme exposé explicitement dans la Résolution 60/147 de l'Assemblée Générale des Nations-Unies – incluent un rétablissement des victimes dans la "situation originale qui existait avant que les violations ne se soient produites, une indemnisation, une réadaptation, une satisfaction et des garanties de non-répétition des violations.
Si une indemnisation a été proposée par Israel comme réparation pour les expulsions de masse perpétrées pendant des décénnies depuis sa création, elle a été proposée de façon inappropriée, car l'indemnisation est accordée "dans le cadre d'un ensemble. Ce n'est pas un ensemble", selon Shechla.
En outre, l'indemnisation doit être offerte en raison des dommages subis au fil du temps, y compris les loyers accumulés et les profits de l'agriculture dont les Palestiniens auraient bénéficié s'ils n'avaient pas subi la Nakba. "Une manière de calculer serait de regarder l'économie israélienne," dit Shechla.
En tout cas, l'indemnisation n'absout pas Israël de la responsabilité de fournir des indemnisations supplémentaires, y compris la restitution, qui comprend le droit inaliénable au retour. Même parmi les jeunes qui n'ont jamais vu la Palestine, la perspective du retour demeure un objectif sacré.
"Si j'étais en mesure de revenir en Palestine, j'irai immédiatement", a déclaré Arwa Saleh, 25 ans, un journaliste palestinien vivant au Caire. "Pourquoi devrais-je renoncer à mon droit? Je ne peux imaginer que quiconque le ferait."
Ce que révèle une analyse juridique, c'est que la création et la poursuite de l'existence d'Israël – comme le savent parfaitement les dirigeants sionistes israéliens et leurs partisans et leurs donateurs américains et européens -- sont en elles-mêmes des crimes de guerre parce que la fourniture d'une réparation appropriée reviendrait à annuler la Nakba et l'Etat qui a émergé sur son dos.
À cet égard, il serait en aucune manière abusif d'invoquer la responsabilité de la communauté internationale pour sa reconnaissance de l'Etat d'Israël et l'aide -- idéologique aussi bien que matérielle -- qui lui a été fournie depuis des décennies.
Selon Elna Sondergaard, professeur de droit international public à l'Université Américaine du Caire, il incombe aux avocats internationaux, en l'absence d'initiatives pour appliquer une responsabilité d'État, de se charger eux-mêmes de "présenter des affaires devant des tribunaux et des institutions des droits de l'homme", en rapport avec plus de six décennies de crimes perpétuels israéliens contre des Palestiniens.
Un manquement à cette obligation porte atteinte à la foi dans toutes les solutions juridiques, et donc laisse recours à la rébellion -- affirmée comme un droit bien sûr dans la Déclaration universelle des droits de l'homme -- comme seule option possible.
En effet, jusqu'à ce que des mesures juridiques efficaces soient prises, il est inévitable que la résistance directe sera adoptée par un nombre croissant de Palestiniens et d'Arabes dépossédés. En cela, le droit international est de leur côté, à la place de ses propres échecs.
Sources ISM
Posté par Adriana Evangelizt




